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SECRET DEFENSE #2: Tampa Bay Buccaneers 2002- La révolution vient des airs

Fin des années 90, une transition offensive vers la passe s’annonce et certains l’ont anticipée. Grâce à un ancien système remis au goût du jour et à un casting cinq étoiles, les Buccaneers révolutionnent alors la défense aérienne. Histoire, tactique, statistiques… Aujourd’hui, place au fabuleux monde des pirates floridiens !

Effectif et fonctionnement

Création de la défense

En 2002, Jon GRUDEN, alors head coach des Oakland Raiders est échangé aux Buccanneers contre deux premier tour de draft et 8 millions de dollars. Cette arrivée est couronnée d’un succès immédiat: une année record et un Super Bowl superbement remporté face à ces mêmes Raiders . Mais si Gruden est souvent crédité comme artisan principal de la victoire finale la réalité est bien plus nuancée. La révolution défensive entamée par les Pirates remonte en fait à bien plus loin que cette intersaison 2001-2002. Pour comprendre cela il faut revenir 25 ans en arrière….

Tony Dungy serrant la main de Jon Gruden, le coach qui l’a remplacé.

En 1977, les Pittsburgh Steelers draftent un jeune safety du nom de Tony DUNGY. Il y reste deux ans, passant du temps dans le practice squad et prenant part à l’épopée du dernier titre en 1978. Sous les ordres de Bud CARSON, son coordinateur en 1977 et l’architecte de la dynastie défensive du Steel Curtain, et de Chuck NOLL, son entraîneur en 1977-78 et l’architecte de la dynastie tout court des Steelers, il apprend les rouages de la couverture 2, cette marque de fabrique au cœur d’une organisation qui rafle tout. Après une courte carrière de joueur, il revient à Pittsburgh pour y officier en tant que coach des defensive backs puis surtout coordinateur. Un poste occupé chez les Vikings début des années 90, où il fait la connaissance de Monte KIFFIN, autre éminence grise de ce côté du ballon. De cette relation naîtra la Tampa 2, ce célèbre dispositif s’appuyant autant sur la couverture 2 du back seven que sur le concept d’under tackle du front four et propre à Minnesota en ce temps-là.

En 1996, approché par Tampa Bay, il accepte le poste d’entraîneur et fait de Monte KIFFIN son coordinateur. Le duo (re)donne vie à une franchise moribonde grâce à une défense innovante, avant que DUNGY ne se fasse licencier en 2001 suite à une deuxième élimination prématurée en playoffs malgré le talent évident de l’effectif.

Monte Kiffin et Ronde Barber. Monte Kiffin reste coordinateur défensif après le départ de Dungy

Cet effectif, en particulier défensif, il le construit à travers la draft

1993 : John LYNCH (tour 3)

1995 : Warren SAPP (tour 1), Derrick BROOKS (tour 1)

1997 : Ronde BARBER (tour 3), Alshermond SINGLETON (tour 4)

1998 : Brian KELLY (tour 2)

1999 : Anthony McFARLAND (tour 1), Dexter JACKSON (tour 4)

… Et la free agency.

1997 : Shelton QUARLES

2001 : Simeon RICE

+ 2002 : Greg SPIRES, la seule pièce défensive ajoutée sous le mandat de GRUDEN

Si 2002 marque les mémoires, la défense n’attend pas si tard pour performer. Sur la pente ascendante depuis novembre 1996, elle explose à partir de 1997 puis signe son chef-d’œuvre inachevé en 1999. Valeureuse perdante, elle s’illustre de la plus belle des manières lors du NFC Championship cette année-là : chez le Greatest Show on Turf en route pour le sacre, elle ne concède que 9 points dont un touchdown sur un drive débuté dans sa moitié de terrain. Une performance exceptionnelle hélas tombée dans l’oubli à cause de la défaite et de la forte popularité de ces Rams. Mais qu’on ne s’y trompe pas : compte tenu du contexte, limiter de la sorte l’une des plus grandes puissances offensives jamais vues, tournant à plus de 30 points à domicile en moyenne, est possiblement le plus gros exploit de l’histoire des playoffs.

Par la suite, l’escouade se maintient parmi l’élite mais c’est véritablement en 2002 que tout s’aligne. Ainsi, quand il est question du titre, le mérite n’en revient pas qu’à GRUDEN ; la consécration porte en grande partie le sceau de Tony DUNGY.

Effectif

Un joueur vient immédiatement en tête. Membre le plus connu tant par son talent que son caractère, le Hall of Famer Warren SAPP est installé en 3-tech, alignement à partir duquel il chamboule les attaques adverses. Agressif face au guard dans son intervalle, il est le premier dans le backfield pour stopper la course et dispose du chemin le plus court vers le quarterback. Son positionnement et son explosivité lui permettent parfois de dérégler l’assaillant à lui seul. À ses côtés, « Booger » McFARLAND (puis Chartric DARBY après sa blessure) occupe le centre et bouche le milieu.

Sur l’extérieur, on retrouve un Greg SPIRES très physique, plutôt chargé de contenir les courses et la poche, et le très élégant Simeon RICE. Véritable phénomène au poste de rusher, il a besoin d’une demi-saison en 2001 pour s’habituer à son nouveau rôle qui l’oblige à aussi jouer la course. Impérial fin 2001, son année 2002 est un véritable florilège et il crève souvent l’écran. Techniquement au point avec ses mains, son activité bénéficie de sa capacité à changer rapidement de direction. Pris à revers, il est capable en un éclair de se retourner et de fondre sur le running back. Auteur de 15,5 sacks et 12 plaquages pour perte, il survole la phase régulière avant de monter encore en puissance lors des playoffs. Si la star du front four est Warren SAPP, Simeon RICE en est sans doute l’élément prépondérant.

Derrière, Shelton QUARLES occupe un poste critique de middle linebacker qui l’oblige à exceller contre la passe et la course. La moindre erreur de sa part expose le cœur de la troupe. Côté fort, Alshermond SINGLETON se charge des zones intermédiaires. Ingrat, son positionnement attire les blocs. Quand il ne couvre pas, son travail consiste à les réorienter pour rediriger le trafic vers ses acolytes du milieu. En Will se trouve le maillon essentiel. Monstrueux contre la course et encore plus la passe, le Hall of Famer Derrick BROOKS révolutionne un poste à qui, désormais, on ne demandera plus puissance et taille mais plutôt mobilité et vitesse. Ses prédispositions extrêmement rares en couverture propulsent le onze dans une autre dimension. Rarement pris à défaut, il collectionne plaquages, interceptions mais aussi touchdowns (cinq + un rappelé au cours de la campagne 2002). Souvent imité depuis, jamais égalé dans son domaine.

Chez les cornerbacks, aux côtés de l’opportuniste Brian KELLY (leader NFL aux interceptions avec huit), Ronde BARBER éclabousse le secondary de son talent. Véritable couteau suisse, il excelle sur les tracés intermédiaires et empile les passes déviées. Toujours prompt à réagir, il touche le ballon une trentaine de fois entre la saison régulière et les playoffs. Gros cogneur, le strong safety John LYNCH terrorise receveurs et tight ends s’aventurant entre les numéros. Généralement en retrait au départ de l’action, il ne manque pas l’occasion de descendre en trombe dans la boîte ou de converger vers le trafic pour asséner des chocs dévastateurs. Son lieutenant Dexter JACKSON se transforme en playmaker polyvalent. Fiable, solide, il termine l’année de sa vie avec deux interceptions au Super Bowl synonymes de MVP.

Fonctionnement de la défense

Tout commence par un front seven en 4-3 dit under (davantage de détails ici). La ligne asymétrique met en valeur son 3-tech, Warren SAPP en l’occurrence, qui ne se concentre que sur un intervalle ; cela facilite l’expression de son potentiel disruptif. Booger McFARLAND est placé au centre. Greg SPIRES, installé en 5-tech, subit les prises à deux. À l’opposé, Simeon RICE évolue en pur pass rusher. Magicien quand il s’agit de chasser le quarterback, il se montre compétent quand il s’agit de stopper la course. Une ligne disciplinée, appliquée et performante est la condition indispensable pour une Tampa 2 efficace. En effet, en raison de la répartition précise des zones à couvrir, il est préférable de n’allouer que sept hommes à la boîte. Additionné au faible taux de blitzes, cela requiert donc pression et strict respect des responsabilités vis-à-vis de son intervalle de la part du front four.

Très fortement inspiré d’une cover 2 classique, la Tampa-2 emprunte à sa grande soeur en essayant de corriger ses défauts.

Cover 2 classique, les zones rouges indiquent les faiblesses de la formation dans le fond du terrain

Pour effectuer cela Kiffin et Dungy décident d’envoyer le Middle LineBacker « Down the pipe ». C’est à dire couvrir la zone intermédiaire entre les deux zones des Safety dans le fond du terrain. L’excellent travail en couverture de Shelton Quarles permet à John Lynch et Dexter Jackson d’avoir moins de terrain à couvrir et de se concentrer sur les sideline, un gros point faible de cette stratégie défensive. Grossièrement la Tampa 2 est une cover 2 en apparence qui évolue en couverture 3 où le MIKE sert de Free Safety.

Will et Sam s’occupent des zones « underneath » (« en dessous », entre les premier et deuxième rideaux). L’agencement met parfaitement en valeur le côté faible. Moins concerné par les blocs de tight ends et fullbacks que ses deux autres compères, Derrick BROOKS peut facilement lire les jeux et choisir de foncer boucher son intervalle ou décrocher en couverture. De plus, le système est conçu de sorte à renvoyer les courses vers lui. Ainsi, dans la Tampa 2, il est courant voire naturel que le Will ait plus de plaquages que le Mike.

Les cornerbacks, chargés des zones extérieures, doivent Les cornerbacks doivent être des plaqueurs doués car en l’absence d’ouverture dans l’axe, les courses peuvent rebondir à l’extérieur. Par ailleurs, ils doivent aussi empêcher les receveurs de s’échapper sur des tracés courts. Avant le snap, ils s’alignent en retrait de la ligne de scrimmage pour éviter les blocs. Brian KELLY et Ronde BARBER sont les titulaires en base. En nickel, Monte KIFFIN reconduit une expérimentation fructueuse de 2001 : BARBER glisse dans le slot afin d’exploiter ses capacités de playmaker. Son profil et cet ajustement tactique ajoutent de la fantaisie, autorisant notamment les multiples nickel blitzes. Le cornerback numéro trois, Dwight SMITH en 2002, le remplace alors sur l’extérieur.

Pour finir Jackson et Lynch se partagent le fond du terrain, alignés tres éloignés de la ligne de scrimmage il leur faut beaucoup de vitesse pour venir aider contre la course.

La Tampa-2 est une défense qui plie mais ne rompt pas. Sa capacité à éliminer les routes intermédiaires vient avec une difficulté à défendre les trajectoires de passes qui s’aventurent derrière les linebacker. Il arrive donc parfois que cette défense autorise des gros gains surtout quand le front four n’arrive pas à générer assez de pression. Chaque joueur doit être parfait dans ce système, ce qui explique les déclinaisons horribles de cette défense que la NFL a pu voir les années d’après. Sans un effectif all-star, la Tampa-2 peut vite devenir perméable à la course et aux longues passes.

Bilan de la saison

  • 12-4 en saison régulière
  • Meilleure défense aux yards, aux points et à la passe
  • 31 interceptions
  • 10 TD concédés à la passe et 8 à la course
  • 155,6 Yards à la passe concédés par match

Les 3 grosses performances

Week 14 – Atlanta Falcons (8-3-1) – Raymond James Stadium

Après s’être fait une première fois humilier par la défense des Buccaneers en début de saison, la 5ème attaque de la ligue menée par le nouveau phénomène Michael Vick entend bien prendre sa revanche. Peu dangereuse à la passe mais redoutable au sol, cette équipe des Falcons n’a plus perdu depuis sa dernière rencontre avec les Buccs. Dans une NFC South assez relevée, les hommes de Dan Reeves ont l’occasion de revenir à une victoire de ceux de Jon Gruden.

Sur la première série, Derrick Brooks donne le tempo. En deux play il anéanti la force principale de cette attaque d’Atlanta. Sur le premier jeu du match, il fonce dans son gap pour stopper le full back Bob Christian dans un plaquage plein d’autorité. En 3ème down la poche s’écroule et Vick tente de s’échapper par le milieu, mais il est cueilli un yard plus loin par le numéro 55. « Three and out »: le résumé de ce match.

Les Falcons gagneront 180 yards au total dont la moitié viendront alors que le match est déjà joué. Vick sera intercepté une fois et ne gagnera que 9 yards en 6 courses. Brooks quant à lui finira son après-midi hors normes avec 10 plaquages (validant la place des Buccaneers en Play Off), statistique rendant peu hommage à la hauteur de sa performance.

NFC Championship – Philadelphia Eagles (12-4) – Veterans Stadium

Habitués des Play off depuis trois saison, les Eagles ont comme l’année d’avant l’occasion d’accéder au Super Bowl, en se hissant sur la plus haute marche de la NFC. Éliminés à ce stade de la compétition, par les Rams en 2001, ils reviennent à ce niveau grâce à un équipe ultra complète s’appuyant sur une attaque et une défense top 5. Menés par Donovan McNabb, Duce Staley et le cerveau Andy Reid, les Eagles ont dejà battu les Buccs en Week 7 profitant des terrains courts offerts par l’escouade de Brian Dawkins.

Simeon Rice et Warren Sapp face à Donovan McNabb

Le match commence dans la même veine que celui de saison régulière. Après un retour de coup de pied de 70 yards de Brian Mitchell, Duce Staley roule sur la défense des Rouges, et plonge dans la peinture 20 yards plus loin. Le match est lancé…En tout cas pour les Buccs, car les Eagles ne retrouveront plus la end zone. Ils ne marqueront qu’un autre field goal sur un drive qui commencera dans les 40 adverses. Quand l’attaque commence dans son camp, le bilan est sans appel: 7 punts, 2 fumbles perdus, une interception retournée pour un touchdown et un turnover on down.

Ronder Barber sur son pick six validant la place des Buccaneers pour le Super Bowl

Si la défense est excellente dans son ensemble, la déroute des aigles est incarnée par un seul homme: Ronde BARBER. Dans une des prestations les plus abouties de l’histoire par un defensive back à ce stade de la compétition, le joueur ne dépassant pas 1m80 dévie 4 fois le ballon, provoque un fumble et retourne une interception pour 92 yards tuant le match. 3 de ses passes défendues constitues des stop défensifs et son fumble est le résultat d’un blitz magistralement exécuté. À 3 minutes et 22 secondes du terme, Philadelphie peut revenir à -3. À dix yards de la terre promise, en 1st&goal, la machine semble enfin marcher. Feinte de blitz, Ronde BARBER recule dans la zone intermédiaire où il a régné sans partage toute la soirée et se jette sur la passe courte à destination de la route hot. 92 yards plus loin, il fait définitivement taire le Veterans Stadium et offre à Tampa Bay sa première apparition au Super Bowl.

Super Bowl – Oakland Raiders (11-5) – Qualcomm Stadium

Les Raiders se disputent le titre de meilleur attaque de la ligue avec les Chiefs. Mais alors que les hommes du Kansas se basent sur un jeu au sol redoutable incarné par Priest Holmes, celle de Oakland est ce qu’il se fait de mieux dans les airs cette saison. Rich Gannon sort tout juste d’un titre de MVP venant récompensé une saison à presque 4700 yards, 26 TD et seulement 10 interceptions.  Pour l’aider, des cibles de choix, accessoirement duo de Hall of Famers : Jerry RICE (1200 yards l’année de ses 40 ans) et Tim BROWN (930 yards). Le running back Charlie Garner engrange 900 yards au sol mais atteint Un quatuor complété par le running back Charlie GARNER, auteur d’une saison à 900-900. L’attaque arrive pleine de confiance après avoir collé respectivement 30 et 40 pions durant les playoffs AFC.

Comme en finale de conférence, la défense des Bucs commence sur un terrain court. En effet, sur le troisième jeu, Charles WOODSON intercepte Brad JOHNSON et rejoint les 36 ennemis. Simeon RICE délivre le premier avertissement du match : après un magnifique swim move, il met Rich GANNON à terre et limite les Raiders à trois points, les seuls marqués jusqu’à la fin du troisième quart temps. Sur les neuf drives suivants, aucun ne dépasse les 20 yards, cinq se finissent par un punt et trois par des interceptions. Sacké et intercepté cinq fois, le quarterback est désabusé par la qualité du pass rush et de la couverture. Rien par les airs, rien par le sol non plus, en témoigne les 19 yards en 11 courses.

Dans le garbage time, les Raiders « débloquent » leur compteur. Premièrement sur un touchdown extrêmement litigieux de Jerry PORTER. Alors que ses deux pieds touchent le fond de l’en-but, il n’a pas un contrôle total du ballon. Deuxièmement sur un touchdown valable où Jerry RICE s’échappe dans la seam axiale profonde, une zone occupée par le remplaçant d’un Shelton QUARLES soigné sur le banc. Qu’importe puisque la défense rend coup sur coup. Dans les dernières minutes, les anciens protégés de Tony DUNGY inscrivent consécutivement deux pick six. Le deuxième, celui de Dwight Smith, résulte d’une passe déviée sur la ligne par Greg SPIRES. Le premier est l’œuvre de l’âme du groupe, dans une merveille d’anticipation. Ne quittant jamais le passeur des yeux, Derrick BROOKS sort de sa zone pour couper une trajectoire. 44 yards plus loin, le DPOY offre aux siens l’unique Super Bowl de leur histoire.

L’étude Statistique

Méthode

Vous pouvez retrouver la méthode de l’étude à ce lien: https://frenchfootballstats.sport.blog/2020/04/28/secret-defense-0-la-methode/

Un petit rappel des données utilisées que j’ai calculé.

IPP: Indice de Performance aux Points, indique le différentiel entre le nombre de points par drive qu’aurait dû scorer l’attaque adverse et le nombre qu’elle a en réalité inscrit. Plus le % est important plus la performance défensive est impressionnante.

IPY: La même chose que l’IPP mais avec les Yards Par Drive.

IPP Opp: Ce chiffre sert à mesurer le niveau de l’attaque affrontée en terme de points par drive par rapport à la moyenne de la ligue. Plus le % est important plus l’attaque affrontée est forte. Souvent appelé indice de difficulté dans les articles

IPY Opp: La même chose que l’IPP Opp mais avec les Yards Par Drive.

Niveau des attaques affrontées

En terme de calendrier les Buccaneers font face de nombreuses attaques notables. Avec deux grosses attaques dans la division (Saints et Falcons), 8 des 16 matchs sont face à des adversaires largement au dessus de la moyenne en points par drive. A noter que si les Rams n’apparaissent pas au dessus de la moyenne, c’est en grande partie à cause de la blessure de Kurt Warner, pourtant bien présent lors de l’affrontement face à Tampa Bay.

Pour les Play-Off elle affronte 3 très bonnes attaques dont la meilleure de la ligue au Super Bowl. Avec un indice de difficulté de +16,92% aux yards par drive, elle a le parcourt le plus difficile en post season des 10 défenses étudiées.

Performances générales

En rouge l’Indice de Performance aux Points, donc comment la Défense a performé face à chaque attaque. En gris le niveau de chaque attaque donné par l’IPP Opp

Fait incroyable, la défense n’enregistre aucun indice de performance aux points négatifs face à un bon adversaire. Elle ne contre-performe qu’une fois face à Detroit en fin de saison. Elle poste un IPP total de +46,41% sur la saison régulière la plaçant deuxième, seulement battue par les Patriots 2019 et leur calendrier historiquement simple. Quand on regarde l’IPP en Play-Off (+65,82%) , elle se place aussi deuxième derrière les Ravens 2000. Sur l’ensemble des 19 matchs qu’elle joue, 14 ont un IPP supérieur à 35% et 12 sont supérieurs à 40% ! En PO son plus faible total est un indice de 57%, dans un match où les Raiders inscrivent un TD litigieux et un en fin de match qui ne vaut rien.

En rouge l’Indice de Performance aux Yards, donc comment la Défense a performé face à chaque attaque. En gris le niveau de chaque attaque donné par l’IPY Opp

Même constat quand on s’intéresse aux Yards par drive, Tampa ne contre-performe presque jamais. Malgré un calendrier extrêmement relevé, elle inscrit un IPY de 26%, 3ème meilleur total des 10 défenses, enchaînant 5 matchs à plus de 40%. En PO, héritant du calendrier le plus dur dans ce domaine elle se classe deuxième avec un IPY de +39,6%. Des chiffres ahurissants.

Décomposition Drive par Drive

En situation neutre, les floridiens n’autorisent des points que sur 15,7% de leur drive la laissant seule au sommet des défenses concernées. Sur l’ensemble de la saison elle ne concède que 12 TD dans cette position (7,84% 2ème). Avec ses 31 interceptions elle se place à la 3ème place, forçant un turnover sur 19,05% de ses drive.

Conclusion

Historiquement dominante face à un calendrier extrêmement relevé, les Buccaneers de 2000 font sans conteste partie des meilleures défenses de l’histoire. En plus de faire systématiquement déjouer les grosses attaques qu’elle rencontre en saison, son parcours en Play Off est ahurissant. Elle n’y prend que 3 TDs: un sur terrain court, un deuxième qui n’aurait pas dû être validé et un troisième en toute fin de Super Bowl alors qu’une partie de l’équipe type n’est pas sur le terrain … Par ailleurs elle en inscrit 4 elle-même, plus un cinquième rappelé pour une pénalité n’influençant en rien l’action.

Inspirés par des concepts qui ont fait leurs classes dans les années 70 / début des années 90, le couple DUNGY-KIFFIN les mélangent et les actualisent. Quatre joueurs concentrés à plein temps sur le lanceur et le coureur, les sept autres sur la couverture, il est exigé des onze discipline, mobilité, QI football et coopération, surtout au moment de remplir ses obligations face à des adversaires qui permutent, changent de zone, décrochent… À cet effet, nul n’est plus qualifié que Derrick BROOKS pour symboliser cette (r)évolution. Jusqu’alors, aucun linebacker à ce poste ne possédait de telles qualités. Impérial dans son jardin, capable de couvrir tout type de joueur, le plus impressionnant est que son aisance dans l’espace ne nuit pas à l’impact physique nécessaire pour contrarier la course. Au contraire, son habileté à naviguer entre les lignes lui permet de plonger dans son intervalle en évitant les blocs sur sa route. Physique, rapide, agile, mobile, presque doué d’ubiquité… À l’image de sa défense. Derrick BROOKS / Tampa 2, des avions de chasses règnent au royaume des chars d’assaut.

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Tous les Yards ne sont pas égaux

Introduction aux EP et EPA

Le 29 Septembre 2019 les Texans affrontent les Panthers. Sur leur première série, les joueurs de Houston se retrouvent en 3ème tentative et 1 yards à parcourir. Carlos Hyde prend le ballon, parcourt 3 yards avant de se faire plaquer par Luke Kuechly. Plus tard dans la même mi-temps, les Panthers font aussi face à une troisième tentative mais il y a cette fois ci 14 yards à parcourir. McCaffrey hérite du ballon et arrive à gagner 13 yards avant que Justin Reid mette fin à sa course. On peut se demander quelle est la meilleure course entre les deux ?

Si on se fie aux statistiques souvent diffusées par les médias traditionnels, le run de McCaffrey est bien meilleur, il a gagné 4 fois plus de yards sur cette course que Hyde en a gagné sur la sienne. Mais est ce bien vrai ? Le run de McCaffrey a beau avoir fait gagner 13 yards il a mis fin à la série, il n’a pas permis d’obtenir le first down. De plus si il a pu parcourir 13 yards c’est en partie grâce à la défense des Texans qui ne s’attendait pas une course. En revanche la course de Hyde a permis, elle, d’obtenir un first down ce qui permet de continuer le drive et d’avoir une plus grande chance d’obtenir des points. Sur cet exemple cela nous semble absurde de considérer qu’une course est meilleure que l’autre juste sur le nombre de yards… et bien c’est pourtant ce qu’il se passe régulièrement quand on lit des comparaisons de joueurs basés sur leur total de yards (si on a de la chance on nous donne le volume pour avoir un semblant de contexte). Tous les yards ne sont pas les mêmes, et c’est de ce postulat que commence la création des Expected Points.

Mais c’est quoi exactement les Expected Points ?

Pour une situation donnée précédent un play, les EP donnent la probabilité du prochain événement. Les 7 événements possibles sont:

  • Touchdown (7 points)
  • Field Goal (3 points)
  • Safety de l’adversaire (2 points)
  • Aucun point (0)
  • Safety (-2 points)
  • Field Goal de l’adversaire (-3 points)
  • Touchdown de l’adversaire (-7 points)

Le calcul des Expected Points se fait donc comme ceci :

EP = 7*P(TD) + 3*P(FG )+2*P(OppSafety) + 0*P(Aucun Point) – 7*P(Opp.TD) – 3* P(Opp.FG) – 2 P(Safety)

(P(TD) est la probabilité de marquer un TD sur le play suivant et P(Opp.TD) la probabilité que ce soit l’adversaire qui en marque un)

La question est donc: comment sont calculées ces probabilités ? Et bien grâce aux centaines de milliers de play qui ont eu lieu précédemment en NFL. Grossièrement, si une équipe est en 2nd&5 sur ses 35 yards, on regarde toutes les situations similaires qui ont eu lieu lors des 10 dernières années, et on regarde combien de fois le play d’après a abouti sur un TD, un FG etc… C’est une façon très simplifiée de voir les choses mais qui résume bien le principe de cette statistique.

Il s’agit plus précisément d’un modèle de régression logistique multinomial générant des probabilités pour les sept types possibles d’événements qui peuvent arriver durant la mi-temps. Plus la valeur des EP est grande plus la probabilité de marquer des points est importante pour l’équipe qui a la balle.

La plupart des modèles de calcul d’EP se basent sur un plus de facteurs que l’exemple que j’ai pris plus haut. On retrouve généralement:

  • La distance à l’en-but adverse
  • Le down
  • Le nombre de yards à parcourir pour obtenir un first down
  • Un indicateur pour savoir si on est en 2 minutes warning ou non

Mais le modèle pondère aussi chaque donnée par le différentiel au tableau d’affichage. En effet il n’est pas rare que des équipes qui mènent largement au score se relâchent et permettent à l’équipe adverse de marquer quelques points qui n’ont finalement aucune valeur. Plus une équipe est loin au tableau d’affichage moins ce qu’elle va faire aura une valeur ajoutée sur l’aboutissement du match.

Je vous mets ci dessous la valeur des EP pour les différents down en fonction de la zone du terrain où l’on se situe. Les graphes proviennent d’un article de Ron Yurko un des plus grand contributeurs à la démocratisation de cette statistique. Je vous invite à lire ses travaux pour ceux qui voudraient plus de détail: https://www.cmusportsanalytics.com/nfl-expected-points-nflscrapr-part-1-introduction-expected-points/

Sur les graphes ci dessus on voit par exemple que si l’on est en 4ème down près de l’en-but adverse, la probabilité de marquer un field goal est très élevée, parce que les équipes optent en général pour un coup de pied dans cette situation.

Mais quel rapport avec la valeur et l’efficacité d’un joueur ? Et bien c’est ce que nous allons voir avec les EPA (Expected Points Added)

Comprendre les Expected Points Added

Maintenant que l’on a défini les EP, le calcul des EPA est en fait très simple. Imaginons que nous sommes en 1st Down & 10 sur nos 25 yards. Comme nous l’avons vu dans la première partie, cette situation a une valeur d’EP qui lui est propre (Appelons la EP(1) ). Sur ce premier Down notre quarterback va compléter une passe de 5 yards nous amenant donc en 2nd Down & 5 sur nos 30. Cette situation a elle aussi une valeur d’EP attitrée ( EP(2) ). Et bien la valeur en EPA de ce jeu est simplement la différence d’ EP entre les deux situations.

EPA = EP(1) – EP(2)

Ainsi on sait vraiment ce que vaut cette passe. Plus la valeur d’EPA d’un play est grande plus ce play donne de chance d’aller marquer des points. On peut donc pour un joueur donné, regarder à combien d’EPA il a contribué durant le match (en les additionnant) et diviser le total par son nombre de play. On a ainsi une vraie valeur de l’efficacité d’un joueur qui ne prend pas en compte les yards et situations superflues.

Si l’on reprend notre exemple du début, la course de Hyde vaut 0,08 EPA alors que celle de McCaffrey -0,1 ( la valeur est négative car dans cette situation, en n’obtenant pas le first down, c’est l’adversaire qui a le plus de chance de de marquer les prochains points). Une répartition bien plus juste que celle donnée par le nombre de yards.

Limites du modèles

La principale limite est que le modèle ne prend pas en compte les joueurs présents sur la pelouse (chose impossible à faire avec les bases de données accessibles), à priori la probabilité de scorer peut varier avec la qualités des joueurs sur le terrain.

De plus comme toute statistique elle n’est pas absolue, si on l’utilise pour quantifier l’efficacité d’un QB par exemple, elle ne donne en aucun cas l’impact du système, le niveau de la ligne offensive etc… Il faut avoir une idée de ce qu’elle représente quand on l’utilise (c’est valable pour toutes les statistiques).

Conclusion

Avec cette statistique on peut donc avoir une vraie idée de ce qu’apportent les joueurs sur le terrain, en prenant en compte: le contexte de la possession, la différence au tableau d’affichage etc… Ces données sont obtenues sans se baser sur des statistiques fallacieuses comme le nombre total de yards ou de TD qui ne veulent finalement pas dire grand chose. Et ça, c’est une bonne nouvelle.

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